KÄTHE KOLLWITZ ET LA LEBENSREFORM

katheke

Hugo Erfurth, 1927

Un journal intime, tenu sur une longue période – 35 ans dans le cas de Käthe Kollwitz – révèle beaucoup du diariste, de ses sentiments, de ses opinions et de ses états d’âme. Il permet de saisir la complexité de sa personnalité, et donne des clés pour comprendre son parcours de vie, ses engagements et, dans le cas d’un artiste, de mieux appréhender son œuvre.

On dit de Käthe Kollwitz qu’elle était une artiste engagée socialement, pacifiste, social-démocrate, progressiste, sympathisante féministe ; que son œuvre, reflet de ses opinions, servait la cause du peuple, une œuvre poing levé contre le monde capitaliste conquérant .

Qu’est-ce qui l’a prédisposée à sortir des sentiers battus des conventions sociales, politiques, religieuses ou bien morales ? À rejeter les conformismes ? À accueillir les nouvelles idées ?
Qui  étaient les porteurs de ces nouvelles idées, les réformateurs, les anticonformistes  et autres contempteurs de l’ordre établi que ses prédispositions l’amenèrent à côtoyer ? Son journal nous révèle un aspect de son parcours intellectuel et personnel peu abordé jusqu’ici : ses affinités intellectuelles et ses liens personnels avec les tenants d’une réforme en profondeur de la société : La Lebensreform.

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A la fin du 19e siècle, l’Allemagne connait une industrialisation fulgurante qui entraîne de profondes mutations dans la société.

En réaction à la montée du capitalisme et de l’urbanisation qui conduisent à l’individualisme et au matérialisme, les milieux intellectuels et artistiques explorent de nouvelles voies alternatives à la réalité du monde moderne  dans tous les domaines : habitat, art, danse, spiritualité, sexualité, éducation …  Ils veulent « réformer la vie » [ Lebensreform] sans pour autant obligatoirement emprunter la voie de l’ action politique au sein d’un parti.

Il est très difficile de démêler l’écheveau complexe de tout ce qu’on appelle largement la Lebensreform :C’est un mouvement aux multiples ramifications initié par la bourgeoisie cultivée, protestante et social-démocrate, face à la perte des valeurs humanistes. C’est un mouvement qui prône le retour à une vie proche de la nature, loin des grandes villes

(mouvement de la jeunesse, colonies communautaires et communautés agraires) une éducation nouvelle autant sur le plan de l’enseignement (pas de cours magistral, mixité) que sur celui de la morale (sexualité libre) une architecture novatrice, des villes à taille humaine où il n’y a aucune distinction de milieu social ( les cités-jardins comme Hellerau, la première d’entre elles), l’expérimentation de nouvelles formes d’art, comme par exemple dans la  danse (danse d’expression, eurythmie) , la recherche d’une nouvelle spiritualité ( Rudolf Steiner, les prédicateurs ambulants). Ce mouvement s’appuie aussi  sur les apports de la psychanalyse

(Freud, Jung), sur les conceptions éducatives de Fichte et de Goethe notamment ; sur les idées pionnières d’August Bebel quant à la place de la femme dans la société : « la femme doit être économiquement libre, indépendante de l’homme et bénéficier de la même formation intellectuelle » la femme et le socialisme  -1879-     

Käthe Kollwitz et ses frères et sœurs, élevés au sein d’une famille protestante dissidente professant la liberté de conscience et acquise aux idées libérales de la social-démocratie naissante, furent tout naturellement sensibles à ces idées nouvelles et à ces mouvements contestataires qui ont ébranlé les anciennes structures wilhelminiennes et remis en cause les valeurs de la société industrielle capitaliste.

Leur enfants, nourris de ce « terreau familial…. [cette] terre féconde » ( souvenirs 1923)ensemencèrent à leur tour le terrain en poursuivant tout naturellement le chemin tracé. Ils s’émancipèrent encore plus largement des anciennes structures et mirent en pratique les nouvelles idées dans leur vie quotidienne et professionnelle. D’ailleurs, Käthe Kollwitz en était consciente et fière car elle écrit le 15 décembre 1914 : «…. C’est vous qui nous montrez la voie, et non le contraire. C’est vous qui, issus de notre sein, nous dépassez maintenant et nous entraînez à votre suite. »

Dans son journal, nous trouvons de très nombreuses références à la libéralisation des mœurs, aux nouveaux courants de pensée, aux mouvements militants et contestataires et aux acteurs représentatifs du « Zeitgeist » à la croisée des deux siècles.

Käthe Kollwitz nous permet ainsi de pénétrer au cœur de la fabrique de ces expériences nouvelles. Et si elle-même, malgré le grand intérêt qu’elle porte à toutes ces idées novatrices, ne s’est que peu impliquée directement et a parfois posé un regard critique sur les exagérations et déviances de ce courant de pensée, ses fils, eux, ainsi que des membres de sa famille et des amis proches ont joué un rôle souvent notable dans ce mouvement et en ont côtoyé les leaders, parfois même très intimement.

Au fil du récit de sa vie, de ses remarques et réflexions, la Lebensreforms’incarne : elle s’appelle Käthe, Hans ,Peter, Lise, Trude, Heinrich, Max etc…

Käthe Kollwitz et l’Émancipation de la Femme

Elevée dans un milieu aux idées libérales où les filles bénéficiaient de la même éducation que les garçons, elle fit des études, put imposer ses choix et même partir loin de sa famille , à Munich en l’occurrence, où le milieu artistique dans lequel elle vivait, bouillonnant des idées nouvelles de libération de la femme et de sexualité libre et désinhibée, l’influencèrent dans son comportement amoureux , lui permirent de parler d’une façon décomplexée de tout ce qui touche aux plaisirs charnels, notamment avec ses fils, et de faire un cycle de dessins érotiques : « Secreta » qui cependant, comme son nom l’indique, n’était pas destiné à être rendu public.

« La Femme et le Socialisme » d’August Bebel, paru en 1879, était une des lectures de référence des intellectuels de l’époque prônant l’émancipation des femmes. Dès sa parution, le livre circulait déjà dans son cercle familial: « Hans Weiß [un ami de son futur mari Karl] s’introduisit jusque dans notre famille avec ses théories sur l’amour libre en essayant d’ amener Julie aux conceptions féministes de Bebel ». -Souvenirs 1923 –

L’influence de ce livre sur les jeunes, notamment sur les jeunes femmes, et en particulier les jeunes artistes de son école de Munich, fut grande. Käthe Kollwitz et ses amies, dont Rosa Pfäffinger et Beate Jeep, avides d’indépendance, aspiraient toutefois à une liberté qui dépassait de loin les positions de la social-démocratie : « Pour être une peintre digne de ce nom, il fallait impérativement être célibataire »écrivait Beate Jeep.

Rosa Pfäffinger qui, elle, vécut à Paris dans une communauté rapportait : «  Notre communauté est un véritable laboratoire d’expérimentation de nouvelles formes de vie, d’une nouvelle morale. C’est une tentative de faire voler en éclats le vieux système matrimonial »

Elles étaient contre l’institution du mariage mais aussi contre la domination de l’homme sur sa compagne dans l’union libre. D’ailleurs, Käthe qui s’était fiancée à Karl Kollwitz avant son séjour à l’école de Munich se posait des questions quant à son choix d’une union classique :

«La vie très libre que je menais à Munich me plaisait beaucoup et fit naître le doute en moi. Avais-je bien fait de m’engager si tôt en me fiançant ? ….» – Souvenirs 1923 –

Sa liberté de ton quant à sa propre sexualité, dans son journal mais aussi et surtout, dans « Souvenirs », récit destiné à servir de base à un projet  de biographie, donc appelé à être publié et porté à la connaissance du public, prouve indéniablement qu’elle était une femme « libérée » qui assume ses choix aux yeux de tous :

« ….je n’ai cessé d’être amoureuse. C’était un état chronique qui passait du petit frémissement au grand émoi. Cela pouvait être n’importe qui, je ne faisais pas la difficile. Parfois même, ce furent des femmes » – Souvenirs 1923 –

« En repensant à ma vie passée j’ajouterais que, si mon penchant pour le sexe masculin fut prédominant, j’ai été à plusieurs reprises attirée par mon propre sexe…. Je crois d’ailleurs que la bisexualité est une base quasi nécessaire à toute création artistique ; en tout cas, l’influence de M. sur mon travail m’a été très bénéfique. » –Souvenirs  1923 –

«  Karl était résolument pour le mariage, moi pas. Je ne voulais pas de lien qui entrave ma liberté. Mais j’ai été très souvent amoureuse. D’autant qu’à l’époque on prônait l’amour libre. » -14 octobre 1917 –

« S’il n’y avait pas eu mon mariage avec Karl qui a bridé mes pulsions sexuelles – ce qui a été contraignant mais dans l’ensemble salutaire – j’aurais assurément fait mauvais usage de mon célibat… » – mi-mai 1922  –

Avec ses fils, elle discute tout naturellement de questions sexuelles, comme la masturbation ou l’homosexualité:

« Deux lycéens se sont suicidés pour des raisons inconnues. On dit que pour l’un d’eux c’est la masturbation qui l’a détraqué. J’ai abordé le sujet avec Peter. »- 6 septembre 1909 –

« ….. [ce] refoulement sexuel  …. pourrait expliquer son indifférence relative vis à vis des filles et ses tendances homosexuelles qui apparurent plus tard.  Il  [Hans] m’a dit que c’était pendant l’été 1914. Ça m’a étonnée, je croyais qu’il n’en avait fait l’expérience que plus tard, pendant la guerre. « Non ! – c’était avec Erich ! » Cela m’a fait un choc. Il aimait Erich. Je ne l’avais jamais soupçonné. »- Août 1919 après notre voyage d’été  –

 

Käthe Kollwitz, la religion et la nouvelle religiosité

Née dans un milieu protestant dissident qui s’est coupé de l’église évangélique officielle, Käthe Kollwitz a, vis-à-vis de la religion, une attitude agnostique inspirée du scepticisme kantien professé par son grand-père Julius Rupp et est, par conséquent, réservée et critique à l’égard des nouvelles formes de spiritualité véhiculées par Rudolf Steiner et ses épigones dont l’ésotérisme nourrit le mysticisme des communautés anarchistes, telles que celle du Monte Verità.

Dans son journal…

1 –  ses remarques sur la religion montrent quelle est sa relation à l’église et tout l’intérêt qu’elle porte à la philosophie religieuse…

« Pourquoi donc … suis-je pour le retrait de l’église ? Le retrait ne peut concerner les anticléricaux convaincus qui, de facto, n’appartiennent déjà plus à l’église, il concerne donc les modérés. » – Fête des morts 1913 –

« ….. j’ai depuis essayé de me faire une idée plus précise de ce qu’est ma religion. » – juillet 1915 –

« On dit que la prière c’est trouver le repos en Dieu, être en communion parfaite avec la volonté divine. Si c’est ça prier, alors je prie parfois quand j’évoque le souvenir de Peter. Je ressens le besoin de m’agenouiller. » – fin juillet 1915 –

« Je veux honorer Dieu dans mon travail, ce qui veut dire que je veux être vraie, authentique et sincère » – 31 décembre 1914 –

« Un psycho-chirologue m’a dit aujourd’hui, 16 juillet 1929, en lisant les lignes de ma main gauche….. [que j’avais] une tendance marquée pour la philosophie religieuse ».  [16 juillet 1929]

« Ma Piéta* n’est pas religieuse….. Ma mère à moi n’est qu’une femme méditant sur le rejet de son fils par la société des hommes. C’est une vieille femme solitaire plongée dans de tristes pensées. » -décembre 1939 –

*(« Mutter mit Totem Sohn ». Depuis 1993, la sculpture agrandie se trouve à la Neue Wache de Berlin dans le Mémorial aux Victimes de la Guerre et de la Tyrannie).

2 – … et fondent, par conséquent, ses commentaires au sujet de la théosophie et des prédicateurs itinérants, tels que Theodor Plievier qu’elle connaissait personnellement et dont elle a fait un portrait.

« Plievier, par exemple. Au printemps, il veut partir prêcher à travers le pays. Il veut prêcher l’action, mais l’action intérieure, … préparer le terrain pour une vie nouvelle libérée spirituellement. En cela, il se rapproche de Stark et de Häusser qui, à mon avis, sont des fous malfaisants. De faux prophètes. Et puis aussi il y a toutes ses communautés qui prêchent un nouvel érotisme…..Ça fait un peu penser aux anabaptistes, à ces temps dans lesquels – comme aujourd’hui – on proclamait le changement des temps …. Face à tous ces illuminés ce que je fais me semble clair. »  – 4 décembre 1922 – ( Ludwig Christian Häusser / Leonhard Stark / prédicateurs itinérants)

« Plievier sort à l’instant de la maison. » -2 juin 1923  –  

« Hier, j’ai assisté à une réunion de théosophie (Steiner). » –16 décembre 1910- 

« La théosophie se répand actuellement. L’incroyance est démodée, tout du moins l’incroyance rationaliste. »- Fête des morts 1913 – 

« Je pose la question d’une possible connexion, ici, dans la vie sensible, entre la personne physique vivante et l’essence d’une personne physiquement morte. Qu’on appelle ça de la théosophie, du spiritisme ou du mysticisme, m’est bien égal. Mais si c’est une réalité, on doit pouvoir en faire l’expérience. ……    Les théosophes disent qu’on peut apprendre petit à petit à pénétrer ce monde-là, à le sentir. » – 21 octobre 1916  –

« Lore Schumann est passée à la maison. J’ai été très étonnée par sa vivacité d’esprit et sa fraîcheur physique. Elle me dit que cela tient à son implication dans la philosophie de Steiner. Elle a sûrement raison et ça donne à réfléchir. » –28 septembre 1919 –

 

Käthe Kollwitz et la psychanalyse

A la chute de l’empire austro-hongrois, Berlin devint l’un des principaux centres du mouvement psychanalytique international, un grand nombre d’analystes s’y installèrent ; le premier institut psychanalytique fut fondé en 1919 par Ernst Simmel, un confrère de Karl Kollwitz. En 1913, ils avaient créé avec Ignaz Zadek l’Union des médecins socialistesafin de développer une médecine sociale, accessible aux plus démunis :

« Karl m’a passé un essai du psychanalyste Simmel dans lequel celui-ci cherche une explication psychanalytique aux maladies psychiques de notre époque » [Mi-octobre 1919]

Les écrits de Freud et de Jung notamment circulaient dans les milieux de la bourgeoisie cultivée ; on en discutait, le regard sur soi changeait, on analysait son comportement en fonction de cette nouvelle approche analytique de la psyché :

« Nous avons parlé de Freud, assis autour de la table dans la salle à manger. Le soir, nous avons lu, tous les trois, l’essai de Freud sur « La morale sexuelle civilisée (1908) » – dimanche 28 juillet 1918 –

« Je n’aime pas penser à l’époque de mes fiançailles, je n’aime pas m’en souvenir. Ce n’est pas vraiment du déplaisir, mais je n’aime pas ça.  Serait-ce un refoulement freudien ? »  -Dimanche 28 septembre 1919-

On commençait à se tourner vers ces nouveaux thérapeutes, comme Magnus Hirschfeld, le premier médecin à étudier la sexualité  sur des bases scientifiques et l’un des pères fondateurs du mouvement de libération homosexuelle ou bien encore Toni (Antonia) Sußmann , cofondatrice de la première société analytique jungienne en Allemagne:

« Le pauvre Hans n’est que souffrance. Je me demande s’il ne devrait pas se faire analyser par Freud » – 20 janvier 1911-  

«  …Quand je lui ai demandé où il était allé pendant la journée… [Hans] m’a répondu qu’il avait décidé de faire une psychanalyse et que Magnus Hirschfeld l’avait conseillé. »  – 29 février 1919 –

« Ottilie fait une psychanalyse avec madame Toni Sußmann » – Mars 1928 –  

« La psychanalyste Toni Sußmann est venue le matin du premier janvier 1932. Hans lui avait demandé de s’entretenir avec moi pour qu’elle juge si une analyse avec Jung se justifiait encore à mon âge. »[Janvier 1932]   

Otto Gross, freudien hérétique, qui prônait une totale liberté sexuelle, l’homosexualité et la polygamie mit ses théories révolutionnaires en pratique, notamment au Monte Verità et eut une multitude de maîtresses, dont Gertrud Prengel la cousine germaine de Käthe, mariée à Heinrich Goesch :

« Elle [Gertrud] a eu une relation  avec Gross…. » – Octobre 1924 –

Max Wertheimer, le fondateur de la « Gestalt-thérapie » ou psychologie de la forme, vécut de nombreuses années chez Lise Stern, la sœur de Käthe Kollwitz. Il faisait quasiment partie de la famille, Käthe Kollwitz le cite abondamment :

« Lise a emmené Rele chez Peyser parce qu’elle souffrait de fréquents maux de tête. Wertheimer a la garde de Mariele et Kati [Rele, Mariele, Kati sont des filles de Lise] » – 14 septembre 1909 –

« Le soir, Lise, Georg et Wertheimer sont venus nous voir. Discussions confuses sur de vagues sujets philosophiques. Je leur ai lu les poèmes de Heinrich [Goesch] d’inspiration théosophique» – 12 février 1916 –

« Le soir, nous avons eu la visite de Lise et de Wertheimer. Nous avons lu la lettre de Heinrich [Goesch] à Rudolf Steiner.» – 13 mai 1916 – 

Lise qui était attirée par les théories de Gross, relayées par Gertrud Goesch et son mari Heinrich …

« En fait, Lise est influencée par les Goesch qui revendiquent clairement leur polygamie. Ça l’impressionne et ce modèle lui semble éventuellement digne d’être suivi » – 20 aout 1909 –

…ne tarda pas à succomber aux charmes du jeune Max Wertheimer.  Mais cette expérience d’amour à trois faillit faire éclater le couple Stern :

«  Je suis allée avec Lise au café Kaiserhof sur la Potsdamerplatz. C’est là qu’elle m’a raconté tout ce qui s’était passé entre eux trois ces dernières années. […] maintenant, je comprends tout. » – Fin mars 1911 –

« Dans l’état actuel– si le temps n’arrange pas les choses – soit, Lise s’effondre, soit Georg ne le supportera plus. Si Wertheimer mourait, ce serait une libération pour Lise ……. le pire, c’est la fracture que cela a créé entre Georg et Lise » – avril 1911 –

 

Käthe Kollwitz, le Mouvement de la Jeunesse et l’Éducation Nouvelle

Käthe et Karl,  acquis à l’esprit du protestantisme social et militant du grand-père maternel de Käthe, Julius Rupp, et sociaux-démocrates convaincus – Karl était membre du parti et y a eu des responsabilités –  éduquèrent leurs deux fils dans la culture de la liberté, de la justice sociale et de la solidarité, perpétuant ainsi des valeurs qui vont tout naturellement porter Peter et Hans à s’engager dans les mouvements de la jeunesse réformatrice.

Le mouvement de la jeunesse auquel adhéraient Hans et Peter est un mouvement qui se donne pour tâche la formation des jeunes à l’écart du monde et des adultes rompant radicalement avec les règles de l’éducation traditionnelle, une éducation nouvelle donc, dans l’esprit de Fichte pour qui « l’éducation ne doit être qu’action réciproque avec l’adolescent et non influence sur lui » – Seconde introduction à la doctrine de la science –

D’ailleurs, le terme « éducation nouvelle » [Reformpädagogik] apparaît pour la première fois dans les « Discours à la Nation Allemande » :« les élèves qui recevront cette éducation nouvelle, bien qu’à l’écart de la communauté des adultes, vivront pourtant, entre eux, en communauté… »– 2° discours –

Les références à ce mouvement dans le journal de Käthe sont très éclairantes sur ces thèses et ces pratiques et montrent combien elle y accordait de l’importance, au point même d’héberger Siegfried Bernfeld, un des théoriciens du mouvement, venu à Berlin pour une série de conférences : « Bernfeld est resté une semaine à la maison. Dans le Mouvement de la Jeunesse il représente le courant révolutionnaire. Il a dû quitter Vienne et vit maintenant à Freiburg. » – Juin 1914 –

« Hans vient de créer un groupe Fichte, dédié à la lecture des « Discours à la Nation Allemande ». Peter, lui aussi, adhère totalement à ces idées-là. » -Avril 1914 –

« J’ai passé une merveilleuse journée avec Hans et Peter. …. Les « Discours à la Nation Allemande » de Fichte, sujet de leurs conversations, les influencent plus que je ne le pensais, surtout Hans… ils nourrissent l’espoir que l’éducation des jeunes dans l’esprit de Fichte conduise à une réforme de l’humanité dans ses fondements idéologiques. … » [avril 1914]   

« Hans m’a donné ses deux essais sur le Mouvement de la Jeunesse… J’apprécie, bien évidemment, qu’il se libère d’une certaine sensibilité égoïste et  individualiste… [Il dit] : nous nous constituerons en communautés, dans lesquelles règnera l’entraide. De grands internats, en marge de la famille et de la société, s’appliqueront à faire de la jeunesse des têtes de pont que rien dans l’avenir ne pourra ni détruire ni briser….. Hans s’inscrit dans la droite ligne idéologique de Grand Père, relayée par mon père et Konrad ». – 4 mai 1914 –

Les conceptions éducatives de Goethe, dont Käthe Kollwitz était familière, ne sont pas non plus étrangères à la philosophie du mouvement. Goethe dit dans « Hermann et Dorothée » :« …Nous ne pouvons pas former les enfants selon nos idées … il faut… laisser faire chacun… car celui-ci a reçu certains dons, celui-là en a reçu d’autres… »et concrétise plus tard dans « la province pédagogique »  des « Années de Voyage de Wilhelm Meister » sa vision d’une éducation nouvelle.

Et, si Käthe Kollwitz ne parle pas explicitement de pédagogie quand elle mentionne Goethe dans un contexte d’éducation, on perçoit clairement qu’elle adhère à cette vision nouvelle de l’enfant à éduquer :

« J’encourageais Hans  … dans ce qui était son inclination naturelle. Mais c’est plutôt Peter qui possédait, d’une façon d’ailleurs très marquée, ce dont Goethe parle. » – 13 mars 1917 –

« Les jumelles sont adorables. Elles sont épanouies, sages et pleines de vitalité. Elles sont, à 2 ans,  dans cette période d’évolution où  selon Goethe tous les enfants sont des génies en puissance. » – Août 1925 –  

Gustav Wyneken, philologue et théologien de formation, était la cheville ouvrière du mouvement de la jeunesse. Il mit en pratique les nouvelles conceptions éducatives  en créant des écoles ouvertes, mixtes, à la campagne, des sortes de « provinces pédagogiques » et exerça une influence notoire sur la jeunesse intellectuelle allemande de gauche, dont les fils de Käthe Kollwitz:

« …   Hans est en ce moment tellement acquis à ces idées-là qu’il envisage de devenir professeur pour enseigner dans un centre éducatif rural. » [avril 1914] 

« Nous avons parlé du projet de Wyneken, du – château de la jeunesse – C’était parti de notre discussion sur l’éducation commune des deux sexes. » -16 aout 1916 –

La revue « Anfang », fortement influencée par la vision du monde de Wyneken, était en quelque sorte l’organe du mouvement. La revue fut créée par Georg Gretor, le fils de Rosa Pfäffinger, confié dès l’âge de 12 ans  par sa mère à la famille Kollwitz. Käthe Kollwitz le mentionne de très nombreuses fois dans son journal.
Tous les jeunes rédacteurs de « Anfang » dont les fils de Käthe Kollwitz écrivaient sous des pseudonymes : Georg était « Barbizon » Hans « Fiascherino »,Walter Benjamin « Ardor »

[pseudonyme qui n’apparait pas dans son journal]…..

« Je pense aussi que son éveil à la sexualité, indépendamment des signes physiques, tient au fait qu’il [Hans] commence à philosopher et à contester l’existence de Dieu.  Dans « Anfang », il écrit sous le pseudonyme de « Fiascherino »  – 18 août 1910 –

« Les clivages à la revue « Anfang ». Comportement déroutant de Guttmann et Heinle dans leur opposition à Barbizon. Réunions et discussions pénibles. Hans est du côté de Barbizon ; ….. Benjamin rédige une lettre ouverte à Wyneken… » – Avril 1914 –

De la théorie à la mise en pratique

Communautés, Cités-Jardins, Écoles

Dans l’esprit du mouvement de la jeunesse se créèrent des communautés comme celles du Monte Verità ou celle de Blankenburg ; des villes-jardins comme celle d’Hellerau, des lotissements comme celui de Lichtenrade; des centres éducatifs comme celui de Lindenhof ou du château Bischofstein ;  des écoles comme celle d’Eugénie Schwarzwald  … pour ne citer que ceux avec lesquels Käthe Kollwitz était en contact, soit personnellement, soit au travers des membres de sa  famille ou de ses amis et connaissances.

« Nous voulons fonder des colonies ; nous voulons que les travailleurs unissent le travail agricole qu’ils font dans les champs et les jardins et le travail industriel qu’ils font dans les ateliers et les usines ; nous voulons satisfaire beaucoup de nos besoins par nous-mêmes, et si possible tous nos besoins. »  La colonie (1910), Gustav Landauer
Gustav Landauer, considéré commela principale figure intellectuelle du mouvement libertaire allemand n’était pas un inconnu pour Käthe Kollwitz.
Kathrin Laessig, amie de ses fils, qui a vécu un temps chez les Kollwitz, connaissait personnellement Landauer et écrivait dans son journal « der Sozialist » :

« Elle [Kathrin  Laessig] est allée voir Landauer avec qui elle a discuté pendant trois heures d’anarchisme etc.. Il lui a conseillé de mettre ses idées par écrit pour les publier dans son journal. »  -novembre 1913-

Käthe a reçu Mme Landauer chez elle :

« Journée d’ennui. Les jours se suivent et toujours, il pleut, il vente. Dans la soirée, madame Landauer est venue rendre visite à Kathrin qui s’est montrée infantile et capricieuse. » – Samedi, 9 janvier 1916 –   

Elle a assisté à deux conférences de Landauer sur Goethe :

« Mercredi, j’ai assisté à la première conférence de Landauer sur Goethe, intitulée : « Goethe, le libérateur ». » – 3 novembre 1916 –

Elle a offert « lettres de la révolution » de Landauer à Karl pour un de ses anniversaires :

« Hans lui a offert des photographies, et moi, « Lettres de la révolution » de Landauer. » – dimanche 15 juin 1919 –

Elle a rencontré sa fille, Brigitte, pendant leur séjour de mai 1927 à Ascona (Monte Verità) :

« Du 12 avril au 7 mai, nous [Karl et Käthe] étions à Ascona ….Nous avons fait la connaissance de beaucoup de gens : les Werefkin, Frick et son amie, …, Madame Frida Gross, Brigitte Landauer….» [Mai 1927]

Monte Verità

a) Un lieu d’expérimentation avant-gardiste
En 1900 quelques idéalistes utopistes créent sur les bords du lac Majeur au-dessus du village d’Ascona « la colonie coopérative végétarienne Monte Verità », un lieu d’expérimentation d’un mode de vie avant-gardiste tranchant radicalement avec les conventions établies. Le « Monte Verità » attirait tous ceux qui souhaitaient fuir l’agitation de la grande ville et vivre en communion avec la nature.

Tout ce qui pouvait faire opposition aux standards de la vie de l’époque était représenté : le retour à la nature, la pensée orientale, la théosophie, la nourriture végétarienne, le socialisme libertaire et les relations sexuelles libres. On y venait de toute l’Europe, mais essentiellement de l’Europe du Nord et de l’Est : des écrivains (Hermann Hesse), des philosophes (R. Steiner), des psychanalystes (C. G. Jung, O. Gross), des artistes (les dadaïstes, les membres du Bauhaus, Isadora Duncan…), des anarchistes (P. Kropotkine, E. Mühsam) …venaient s’y ressourcer et y puiser l’inspiration. « [les colons] abhorraient la propriété privée, pratiquaient un code moral rigide, le strict végétarisme et le nudisme. Ils rejetaient les conventions en matière de mariage, de vêtements, de partis politiques et de dogmes.» Walter Segal (architecte britannique ayant séjourné au Monte Verità). 

b) Colons et hôtes
Certains y résidaient en permanence, d’autres y venaient pour un court séjour au sanatorium de la colonie, ou bien pour rendre visite à des colons de leur connaissance.

Les Kollwitz, leur fils Hans et sa femme Ottilie, les Goesch (Gertrude Prengel – cousine germaine de Käthe – et son mari Heinrich Goesch) comme bon nombre de représentants de l’intelligentsia et à l’instar des théoriciens des nouvelles écoles de pensée  – C.G. Jung, A. Bebel, R. Steiner … –   firent au moins un court séjour dans ce lieu, devenu dès les premières années de son existence, symbole de l’opposition à un monde qui ne correspondait plus à leurs idéaux :

« Hans et Ottilie sont à Ascona pour se reposer » -Mars 1925 –

« Du 12 avril au 7 mai, nous [ Karl et Käthe] étions à Ascona ….  Notre séjour … a été absolument merveilleux. Le paysage est magnifique et dépouillé. …. Nous avons fait la connaissance de beaucoup de gens :…..surtout Friedeberg et son amie, sa jeune gouvernante. … » [Mai 1927] 

Gertrud et Heinrich Goesch vécurent quelque temps à Ascona dans la stricte obédience des règles de vie du Monte Verità, pratiquant le « communisme sexuel » ( Marianne Weber)prôné par Otto Gross.

c) Otto Gross, ses théories révolutionnaires et leurs dérives
Otto Gross, médecin psychanalyste, figure dominante du Monte Verità, doté d’un fort charisme, séducteur et manipulateur, convertit nombre de colons à ses théories sur la sexualité dont la mise en pratique eut parfois des effets dévastateurs.

Max Wertheimer, ami du couple Goesch tombé sous l’influence de ce « charlatan »,intenta un procès à Otto Gross pour non respect des règles déontologiques et mise en danger de ses patients au cours duquel Karl Kollwitz avait été appelé à témoigner en qualité de cousin de Gertrud Goesch:

« Hier, Karl a reçu une lettre du tribunal de Munich. Il est convoqué pour témoigner au procès de Gross. ….Ce qu’il a fait avec force détails, citant noms et témoins.» – 24 septembre 1909 –

Ce procès avait alerté les Kollwitz sur la dangerosité des méthodes de Gross que Gertrud et Heinrich, de  retour du Monte Verità, vantaient auprès de leurs proches :

«On lit dans une petite annonce publiée dans le journal qu’un couple du nom de Schack recherche une jeune femme pour les accompagner en voyage. Elle devra coucher aussi bien avec l’homme qu’avec la femme. Cela fait penser aux Goesch qui se font les chantres non seulement de la polygamie mais, du même coup, aussi  de l’homosexualité. » – 8 septembre 1909 –

Leur prosélytisme ne fut pas sans influence : Lise prêta une oreille attentive à leurs thèses, Grete Prengel, cousine par alliance de Käthe, les mit en pratique :

« En fait, Lise est influencée par les Goesch qui revendiquent clairement leur polygamie. Ça l’impressionne et ce modèle lui semble éventuellement digne d’être suivi. » – 20 aout 1909

« Hans  Prengel ….nous avait raconté que Grete l’avait quitté pour vivre ici à Berlin, avec un artiste peintre. Il ajouta que c’était « l’œuvre de Heinrich » – 24 septembre 1909-

Karl et Käthe redoutant l’ascendant que les Goesch pourraient avoir sur Hans, alors âgé de 16 ans, coupèrent un temps les ponts avec eux :

« Comme les Stern, nous ne [voulons] en aucun cas fréquenter Heinrich avant tout à cause de Hans. » – 20 mai 1910 –  

« Hans me dit qu’il se languit des Goesch » -6 octobre 1909-

Ce n’est que plus tard, que Käthe apprit de la bouche même des Goesch à quel point Gertrud, avait été une disciple appliquée :

«  Le 10 octobre, je suis allée chez les Goesch. Tous les deux m’ont parlé sans réserve et avec force détails. En fait, la situation est très singulière …Ce n’est pas Heinrich mais Gertrud qui a eu le goût des aventures intellectuelles (disons déportements !)  . … elle a eu une relation avec Gross et, radicales comme peuvent l’être les femmes dans leurs passions, elle a pris un extrême plaisir à mettre toutes ses idées en pratique. » [octobre 1924]    

Plusieurs des « patientes » de Gross souffrirent de troubles psychologiques graves, et deux d’entre elles, même,Sophie Benz et Lotte Chatemmer, se suicidèrent avec son aide.

« Grete Prengel a fait une crise de paranoïa, on l’a internée à la Charité. » – octobre 1912-

d) La danse d’expression
Au Monte Verità, la libération des corps par la pratique d’une sexualité décomplexée s’accompagnait de la libération du corps par la pratique de la danse.

Le Monte Verità est d’ailleurs considéré comme le berceau de la danse d’expression ou danse expressionniste [Ausdruckstanz].

Emile Jaques-Dalcroze et Rudolf von Laban , les théoriciens de ce nouvel art du mouvement vinrent enseigner sur la colline d’Ascona.

L’expressionnisme dans la danse, en totale rupture avec la démarche esthétique et narrative du ballet classique, se caractérise par l’improvisation et une liberté totale d’expression des sentiments et des émotions. »La danse la plus riche en combinaisons techniques d’attitudes corporelles ne sera jamais qu’un divertissement sans portée ni valeur si son but n’est pas de peindre en mouvement les émotions humaines ». E. Jaques-Dalcroze (1865-1950)

L’expression corporelle des sentiments humains, parfois pratiquée nu, pouvait aussi être empreinte de spiritualité, de mysticisme, comme dans l’eurythmie, sorte de rite ésotérique dansé, issu de l’anthroposophie de Rudolf Steiner.

Lise, la sœur de Käthe, dont deux des filles, Maria et Katrine, embrassèrent la carrière de danseuse ….

« Lise a eu raison de laisser Hanna devenir comédienne et Katrine danseuse. » – 27 août 1916 –

…. écrivait de temps en temps dans les cahiers mensuels socialistes. Elle fut chargée de la rubrique  « Eurythmie » nouvellement créée. Dans ses articles, elle abordait toutes les nouvelles tendances dans l’art de la danse : elle y parlait de Joséphine Baker, des danseurs expressionnistes, de Rudolf von Laban et du mouvement anthroposophique Lohelanddont le concept de base intégrait art, danse et travail de la terre.

« La chronique de Lise sur l’eurythmie. Ce qui est fantastique chez Lise c’est cette vivacité intellectuelle qui lui permet de saisir rapidement et pour ainsi dire de flairer tout ce qui est nouveau, tout ce qui est en gestation. » – Avril 1926 – 

Käthe Kollwitz, bien sûr, s’intéressait à ces nouveaux courants, elle vit sur scène, non seulement ses nièces, mais aussi quelques-unes des plus célèbres danseuses expressionnistes de l’époque ; A sa mort, Dore Hoyer – danseuse et chorégraphe expressionniste – lui dédia même un de ses ballets : «  Danses pour Käthe Kollwitz » (1946)

« Le 6, nous sommes allés voir Matray et Katrine [Stern] danser. » [6 décembre 1918]  

« Samedi soir, nous sommes allés voir Grete Wiesenthal danser.» – Lundi 13 décembre 1915

«  Je suis allée voir danser Niddy Impekoven. Elle est très douée. Beaucoup de technique, de tempérament et de drôlerie. » – Mi – avril 1920 –

« Je suis allée voir Hilde Schewiot danser. C’était bien – très bien. »  – 5 février 1925 –

Hans Koch et  la colonie de Blankenburg
Hans Koch était un des amis les plus proches de Peter Kollwitz  .

Pendant l’été 1914, Hans Koch,  Peter Kollwitz  et deux autres camarades, Erich Krems et Richard Noll, étaient en vacances en Norvège lorsqu’ils apprirent la déclaration de guerre.

Ils rentrèrent précipitamment pour s’engager comme volontaires – ils n’avaient pas l’âge requis pour être appelés –Hans Koch est le seul des 4 camarades à avoir survécu à la guerre :

« Maintenant, des 4 garçons qui s’étaient engagés ensemble, seul Hans Koch est encore vivant. » – 7 août 1916 –

Käthe Kollwitz, bien qu’agacée par la personnalité de Hans qu’elle jugeait fantasque, restera très proche de lui car il était le lien vivant qui la rattachait à son fils mort.
En 1916, Hans Koch fut démobilisé pour blessure grave. Il s’engagea dans le mouvement pacifiste et créa, avec un cercle de sympathisants, une communauté anarcho-communiste  à Berlin qu’ils appelaient eux-mêmes « commune des anarchistes ».

« Je crois bien qu’il est tout à ce cercle nouvellement créé, pour lequel je n’ai aucune affinité. Quand je l’entends parler de leurs séances de gymnastique du soir et des vêtements nécessaires pour cette activité, ça me paraît vraiment insignifiant. » – 17 octobre 1916 –

« Hans Koch est passé hier.  Il y a du changement, dans le bon sens. Il se tourne maintenant vers la paix, il s’y consacre tout entier. Il n’est plus dans l’attente, mais dans l’action, l’action politique. » -12 juillet 1917-

Soupçonnés par la police d’activités subversives, ils fuirent en Bavière, et acquirent grâce à l’argent d’un colon du Monte Verità , Georg Kaiser, un grand domaine à Blankenburg :

« Le jour de l’anniversaire de Peter, on a eu une lettre de Hans Koch. Il nous écrit qu’il a acheté près d’Augsburg 13 arpents de terre dans le but d’ y créer une colonie communiste. » – 9 février 1919 –

Dégagés des contraintes du capitalisme, mais pas directement impliqués dans une démarche politique d’opposition au régime, ils purent vivre à Blankenburg selon leurs principes antiautoritaires, organiser un système communautaire autogéré sans aucune hiérarchie, retrouver les valeurs du travail de la terre et pratiquer l’amour libre :  « ……. Lundi, je suis allée avec Hans à un groupe de réflexion sur la question des colonies. Il y avait Hans Koch, … face à  la jeunesse prolétarienne qui est assez sceptique, non sans raison d’ailleurs : elle reproche à Hans Koch ses projets qui ne tiennent pas d’un socialisme révolutionnaire mais plutôt d’un anarchisme individualiste…
Je suis rentrée à la maison avec Hans Koch. Il est resté jusqu’au soir à nous exposer ses beaux projets de colonie communiste. Ca me fait tellement penser à Peter et ça me fait vraiment mal. Comme il s’emballerait pour de tels projet…. » [23 -24 février 1919]

Peter se serait emballé pour les projets libertaires de son ami Hans… Lise, la sœur de Käthe, très avide de tout ce qui touche à la réforme de la vie, s’emballe pour l’expérience communautaire de Blankenburg jusqu’à aller y séjourner un temps avec une de ses filles :

 « Il va y avoir de la place chez eux [les Stern] car Lise a l’intention d’aller avec Maria dans la colonie communiste de Hans Koch. »   –  27 février 1919 –

Mais l’expérience fut de courte durée. En mai 1919,  juste après l’effondrement de  « la république des conseils de Bavière », les autorités soupçonnèrent les communards de cacher Max Lieven, un des dirigeants, et évacuèrent la colonie :

« Mauvaise nouvelle : Hans Koch a encore été arrêté. Dans le Freiheit de ce matin, on apprend aussi que toute la colonie de Blankenburg a été démantelée. Outre Hans, ils ont arrêté 8 jeunes hommes et 2 femmes. » -23 juin 1919

Cités – jardins

Ateliers et cité-jardin de Dresde-Hellerau
Vivre autrement, penser autrement, travailler autrement, se concrétisa aussi, à peu près au même moment que fut créé le Monte Verità, dans la construction de nouvelles villes, véritables vitrines de la réforme de la vie dans tous ses aspects : architecture, habitat, arts, travail, enseignement … La cité-jardin de Dresde-Hellerau fut assurément le projet le plus abouti de « l’idéal utopiste socialiste » (Bruno Taut),une cité à l’architecture révolutionnaire où « se mélangent les classes sociales dans un habitat aux espaces décloisonnés, aux grandes baies vitrées s’ouvrant sur des aménagements paysagés » (Bruno Taut)et, où des ateliers couplaient artisanat d’art et production industrielle pratiquant une nouvelle culture d’entreprise basée sur une communauté de travail entre ouvriers et ingénieurs.

Hans Koch, fervent adepte de la réforme de la vie, pensa un temps aller y travailler et Gustav Wyneken y créer une école où on enseignerait selon les méthodes de la pédagogie réformée :

« Hans Koch est passé. Il va bien….. Il nous a … parlé de son projet de travailler à Hellerau dans les ateliers de Dresde. C’est là aussi que Wyneken veut ouvrir une nouvelle école. » – 30 juin 1918 –

Grete Wiesenthal, danseuse et chorégraphe, dont Hans Kollwitz était très épris quand il était adolescent et qui fréquenta la maison Kollwitz y étudia auprès d’ Emile Jaques-Dalcroze. Ce chorégraphe, un des premiers théoriciens de la danse contemporaine dispensa son enseignement non seulement à Hellerau mais aussi au Monte Verità.

« Hans est vraiment très amoureux de Grete Wiesenthal. Cela va bien au-delà du simple engouement pour une actrice, il l’aime ardemment. Qui sait ce qu’il en adviendra. » – début mai 1910 –

« Les garçons sont rentrés. Hans, le premier, le visage radieux.  Il a parlé avec Grete Wiesenthal et elle veut bien venir à la maison. » – 13 mai 1910

 

Lichtenrade « cité du soleil couchant »
A plus petite échelle, se créèrent dans les villes des lotissements sur les mêmes principes, comme à Berlin, le quartier de Lichtenrade : Appelé «  cité du soleil couchant » il a été conçu d’après les plans de Bruno Taut et pensé comme habitat coopératif.

Hans Kollwitz et sa famille s’y installèrent, entourés de leur amis : Paul Fechter, écrivain et critique d’art ; Bruno Goetz,  écrivain balte et  ancien colon du Monte Verità. Les Goesch que Goetz connaissait depuis cette époque vinrent aussi se joindre à la petite communauté à leur retour d’Ascona.

«  Avec l’argent de Otty, Hans et Otty ont acheté une petite maison dans un lotissement à Lichtenrade. A côté de chez les Goesch et de leurs amis Goetz. Les Fechter vont aussi s’y installer.. » –Début juin 1921 –

« … Nous avons encore passé un moment chez les Goesch, dans la maison d’à côté. C’est toujours très agréable chez eux ; on se sent bien dans leurs petites pièces toujours pleines de gens et d’enfants. Heinrich, assis au centre sur la banquette, fume et parle. Gertrud est avec le nourrisson et toute la marmaille autour d’elle. C’est vraiment très agréable à Lichtenrade. » – 3 octobre 1921-

« Nous avons passé l’après-midi avec les Goesch, les Götz…. Nous étions au moins 16 personnes, côte à côte, tous dans une seule pièce. C’était un sentiment très fort pour moi que de voir, de tout un groupe de gens allant du plus jeune au plus vieux, émerger de l’esprit ….  Comme, par exemple, quand Götz et ensuite Paul lurent des poèmes. Et puis il y avait les enfants, inclus dans ce groupe, assis sagement, contents d’être là. » – 6 novembre 1922 –

D’ailleurs, Paul Fechter dans son roman « Retour à la nature » (1929)et dans ses mémoires « Des hommes et des époques » (1948)fait un portrait détaillé et divertissant de la petite société communautaire qui s’était créée à Lichtenrade autour de la famille de Heinrich Goesch et de celle de Hans Kollwitz.

 

Ecoles et Centres Éducatifs

Pas de réforme de la vie sans réforme de l’enseignement : l’éducation nouvellegénéra un grand nombre d’établissements scolaires et de centres éducatifs : L’école Odenwaldde Paul Geheeb, Château Bischofsteinde Hermann Lietz,  l’école Waldorfde Rudolf Steiner, la libre communauté scolaire de Wickersdorf  de Gustav Wyneken, l’école Schwarzwald  d’Eugénie Schwarzwald et le centre éducatif Lindenhof de Karl Wilker pour n’en citer que quelques-uns, ceux dont  Käthe Kollwitz parle dans son journal car elle en connaissait les initiateurs ou les enseignants, souvent personnellement.

Ecole Odenwald / château Bischofstein
Beate Jeep, une des meilleures amies de Käthe, était mariée à Arthur Bonus, un théologien en rupture de ban qui enseigna le latin et la religion à l’école Odenwald puis au Château Bischofstein, dont le directeur Wilhelm Ripke, un opposant farouche au national-socialisme, accueillait tout enseignant en désaccord avec l’ordre établi. Käthe Kollwitz et son mari Karl firent des séjours auprès de leurs amis Bonus aussi bien dans l’Odenwald près de Heppenheim qu’à Lengenfeld où se situaient les écoles – Sous la RDA, le château Bischofstein abrita une école du nom de « Käthe Kollwitz » !

«  En mai, nous étions à Gronau dans l’Odenwald. A une heure de l’école où se trouvent les Bonus…. Presque tous les jours nous allions chez les Bonus ou bien ils venaient chez nous pour le petit déjeune…..Bonus a fait un beau discours lors de la commémoration de la naissance de Fichte. »  – [Début] juin 1921 –   

« Nous sommes partis le 4 juillet 1932 à Bischofstein où nous avons passé deux semaines et demie merveilleuses. …. Nous n’étions pas toujours ensemble mais ça a été agréable et stimulant. Les Ripke sont arrivés une semaine après nous. J’ai bien aimé mon anniversaire et aussi les moments passés avec Bonus, Jeep et Annie sur la terrasse à l’heure du café et des gâteaux.» [juillet 1932]   

Lindenhof
Käthe Kollwitz avait l’habitude d’assister à des conférences sur divers sujets : les arts, la littérature, la politique…. C’est ainsi qu’elle alla à une conférence sur l’éducation nouvelle, à laquelle elle avait été sensibilisée par ses fils engagés dans le mouvement réformateur de Gustav Wyneken :

« Congrès de l’Union des réformateurs scolaires radicaux.  J’y ai revu Alexander … Et aussi Elsbeth….»  –  31 octobre 1920 –

Elle fut très impressionnée par l’intervention de Karl Wilker, le directeur de Lindenhof, un des centres les plus emblématiques de l’éducation nouvelle :

« Karl Wilker est le directeur de l’établissement correctionnel de Lindenhof. …. Ses premières mesures  ont été de faire enlever toutes les grilles des fenêtres, d’abolir les châtiments corporels et de traiter ces jeunes garçons sans porter de jugement moral. Sa devise : L’homme est bon. Il passe sa vie avec les garçons, il est à la disposition de chacun à tout instant … » –  31 octobre 1920  –  

Ecole Schwarzwald
Käthe Kollwitz fréquentait la pédagogue et féministe Eugénie Schwarzwald depuis qu’elle avait fait sa connaissance en 1923 par le Comité d’entraide autrichiencréé par Eugénie pour venir en aide aux Berlinois pendant la grande inflation:

« Eugénie Schwarzwald vient d’ouvrir ici [Berlin] la soupe populaire autrichienne. » [novembre 1923]     

« Nous sommes rentrés de nos vacances à Grundlsee. C’était très convivial. Il y avait là beaucoup de gens qui se retrouvent dans la maison de vacances de Grundlsee, une petite communauté choisie autour de Genia Schwarzwald. » – Fin août 1924 – 

L’école d’Eugénie Schwarzwald à Vienne n’était pas un centre éducatif rural avec internat,  comme l’école Odenwald ou celle du château Bischofstein, mais un établissement urbain pour filles qui appliquait les méthodes de l’éducation nouvelle.  Des personnalités telles qu’Arnold Schönberg ou Oskar Kokoschka y ont enseigné et Eugénie entretenait un échange d’idées soutenu avec Maria Montessori.

En mars 1938, au moment de l’Anschluss, l’école fut fermée et Eugénie Schwarzwald contrainte à l’émigration.

Dès 1933, à l’avènement d’Hitler au pouvoir, tout ce qui pouvait faire opposition à la doxa national-socialiste fut censuré, interdit, voire liquidé : En 1933, l’expérience communautaire de Hellerau prit fin ;  en 1936, le directeur de Bischofstein, Wilhelm Ripke, fut démis de ses fonctions et remplacé par un sympathisant du régime ; en 1939, l’école Odenwald, vidée de ses éducateurs prônant une éducation libertaire, fut reprise par le service du travail du Reich ; en 1943, Bischofstein devint une école de formation SS …. Les penseurs, activistes et militants du socialisme libertaire, représentés pour une majorité par les réformateurs de la vie, furent persécutés : un grand nombre émigra (R. Friedeberg, K. Wilker, B. Taut…), certains furent arrêtés, déportés et assassinés dans les camps de la mort (E Mühsam…) et d’autres, même, se suicidèrent (W Benjamin…).

 Il n’est donc pas étonnant que Käthe Kollwitz, proche des idées socialistes libertaires, comme nous venons de le voir,  mais aussi de celles des communistes, ait été inquiétée par la Gestapo et interdite d’expositions sous le prétexte de « bolchevisme culturel ». On peut lire dans l’article,paru dans les Izvestia, qui déclencha l’ire des Nazis et leur offrit l’occasion de mettre Käthe en accusation en la menaçant même de déportation: « Pour les fascistes Käthe Kollwitz est le symbole du bolchevisme culturel, ce qui représente dans l’Allemagne actuelle le plus grand de tous les crime…. »  3juillet 1936 – les Izvestia –

Il n’était d’ailleurs pas nécessaire, comme c’était le cas de Käthe Kollwitz,  d’être affilié au parti communiste et d’y militer pour être taxé de bolchevique et tomber sous le coup de la répression, il suffisait d’être de gauche et d’avoir une influence sur les masses par quelque moyen d’expression que ce soit : la littérature, le journalisme, l’art…. : « Le bolchevisme culturel » est l’arme dont usent les puissances régnant aujourd’hui en Allemagne pour étouffer toute production intellectuelle qui ne serait pas au service de leurs tendances politiques. Le bolchevisme culturel n’a pas besoin d’avoir le moindre lien avec le bolchevisme, généralement il n’en a aucun…. il mérite de mourir parce qu’il est « réfractaire », « judéo-analytique », dépourvu de respect devant les bonnes vieilles traditions…pacifiste » – Klaus Mann- Avril 1933 –

De l’apparition des mouvements contestataires alternatifs à la fin du 19e siècle, «  à une époque de renversement des vieilles valeurs» – Fin septembre1913 – jusqu’à leur déclin à l’arrivée du nazisme, le journal de Käthe Kollwitz nous livre un témoignage vivant de l’implication de la bourgeoisie cultivée dans ce que nous appellerions aujourd’hui une « contre culture » : « Ce n’est qu’après la destruction de ce monde que naîtra un monde nouveau, pur, propice à une créativité spontanée » – 2 mai 1919 –

Sylvie PERTOCI

 

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« Frühlingssturm » – 1894/95 – Ludwig von Hofmann – collection particulière

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Die Unterhaltung (III)

Begegnung zwischen Sylvie Doizelet, Schriftstellerin und Übersetzerin, und François- Marie Deyrolle, Herausgeber des „atélier contemporain“ (aktuelleWerkstatt), anlässlich der Veröffentlichung in französischer Sprache des Tagebuches von Käthe Kollwitz: „Tagebuch von 1908 – 1943“. Präsentation Sylvie Doizelet, Übersetzung Micheline Doizelet und Sylvie Doizelet)
Veröffentlichung am 9.März 2018

http://www.editionslateliercontemporain.net/collections/ecrits-d-artistes/article/journal-1908-1943
2017 wurde der 150. Geburtstag von Käthe Kollwitz gefeiert.

In Frankreich, wo Käthe Kollwitz ungerechterweise einem breiten Publikum unbekannt ist, hätten wir beinahe diese Gelegenheit verpasst.
Zum Glück werden ihre Verdienste endlich diesseits des Rheins gewürdigt, dank Ihrer Initiative, François-Marie Deyrolle, das Tagebuch dieser groβen Künstlerin zu veröffentlichen. Ein Tagebuch, von 1908 bis 1943 geschrieben, vor dem extrem tragischen Hintergrund der deutschen und europäischen Geschichte. Es hinterlässt uns ein ergreifendes Zeugnis des Lebens und Werkes von Käthe Kollwitz und des tragischen Schicksals des deutschen Proletariats des ausgehenden 19. und beginnenden 20. Jhdt.

Photo FMDeyrolle

François-Marie Deyrolle (Crédit artiste Ann Loubert, œuvre sur papier – aquarelle et crayon – 2013)

1. François-Marie Deyrolle, können Sie uns Ihren Verlag « L’Atelier Contemporain » vorstellen und uns die Entstehungsgeschichte dieses Veröffentlichungsprojektes desTagebuches von Käthe Kollwitz in französischer Sprache geben ?

Der Name des Verlages ist eine Würdigung des gleichnamigen Buches von Francis Ponge, das alle seine Kunstessais vereinte. Der Verlag steht also unter dem Zeichen von Poesie und Schriftstücken über Kunst. Er geht vom Verhältnis Text-Bild aus und von Fragestellungen zur Aussage der Kunst. Drei Hauptsammlungen gliedern zur Zeit mein Wirkungsfeld auf dem Gebiet der ‘Schönen Künste » :
Eine Sammlung von essais. Denn sie geben mittels Sprachformen eine innewohnende Erfahrung der Werke wieder. Die Schrifsteller – selbst Kunstschaffende – vermögen sich vielleicht am besten zur Kunst zu äussern.
Diese Sammlung, die sich knapp an der akademischen Kritik vorbeibewegt, vereint die Sicht von Autoren, die sich mit anderen Sprachformen eng verbunden fühlen.
Ene Sammlung von Schrifstücken, von Künstlern verfasst.
Nach der ersten Skepsis wird die Diskussion über Kunst den Sprachprofessionnellen überlassen.
Wir vergessen fast, dass die Künstler die ersten sind, die die praktische Umsetzung ihrer Kunst ‘denken’, dass Malerei und Skulptur ‘denken’.
Betrachtungen, Äusserungen, Anmerkungen, Tagebücher, Briefwechsel oder Gespräche : « écrits d’artistes » beabsichtigt diesen reichen Bestand, der oft ignoriert wird, zu erneuern, um der Stimme der Kunstschaffenden Gehör zu verschaffen.
Und auch eine Sammlung, die vom Et-Zeichen « & » symbolisiert wird – Kameradschaft, Dialog, gegenseitige Beeinflussung, Gemeinsamkeit oder Sympathie : nicht selten gehen ein Schrifsteller und ein Künstler gemeinsame Wege, die sich kreuzen um besser weiterführen zu können.
Durch das Zusammenführen zweier Werke und zweier Individuen in Form von Gesprächen, Essais oder Briefwechsel, lässt jeder Titel der Sammlung « & » fruchtbare Bande zu Tage kommen, die bald verwandte, bald unähnliche künstlerische Ausdrucksweisen erzeugen.
Sylvie Doizelet war es, die mir diese Übersetzung vorschlug, die sofort akzeptiert wurde. Ihr Werk lernte ich kennen, als ich in Strasbourg lebte (mehr darüber später).
Es ist so faszinierend und fesselnd aufgrund des Panoramas der sozialen und politischen Geschichte Deutschlands zwischen den zwei Weltkriegen, und auch ein so ergreifendes Zeugnis dieser Zeit. Diese Käthe Kollwitz war ein schöner Mensch. Grosszügig, bescheiden, treu ergeben, leidenschaftlich.

2. F-M.D., Können Sie uns einige Worte über die Käthe Kollwitz-Sammlung des Museums modener und zeitgenössischer Kunst in Strasbourg sagen, dem einzigen öffentlichen Museums Frankreichs, das Werke dieser Künstlerin besitzt ?

Strasbourg und das Elsass, waren, wie man weiss, Deutsch von 1870 bis 1918 (und dann von 1940 bis 1945). Annektiertes Gebiet : diese Zeitspanne der Geschichte war tragisch, aber auch sehr bereichernd : Wilhelm II wollte in der Tat aus Strasbourg eine beispielhafte Stadt machen, ein Beispiel seines Imperiums – kolossale finanzielle Mittel wurden zur Erschliessung verschiedener Stadtviertel zur Verfügung gestellt, wie die Neustadt, eine Universität ins Leben gerufen, eine Kunstschule, ein Museum, usw. Wilhelm Bode, Genraldirektor der staatlichen Kunstsammlungen, der einige Museen in Berlin gegründet hat, wird nach Strasbourg berufen und vergrössert die Sammlungen beträchtlich, seien es die alter oder die zeitgenössischer Kunst : zu seinen Lebzeiten wurden Zeichnungen und Stiche von Künstlern wie Max Klinger, Max Beckmann oder Käthe Kollwitz erworben. Heute werden etwa 30 Werke dort aufbewahrt, von welchen ein großer Anteil 1907 aber auch vor kurzem gekauft wurde, dies dank der Großzügigkeit eines hiesigen Sammlers, Jean Louis Mandel.

PhotoSDoizelet

Sylvie Doizelet (c C. Hélie – Editions Gallimard).

3. Sylvie Doizelet, Sie sind Schriftstellerin und Übersetzerin, Autorin mehrerer Romane.

Ich habe meinen ersten Roman („Chercher sa demeure“) 1992 veröffentlicht und fand dann sehr schnell Gefallen an Portraits, über die Sammlung ‘L’un et l’autre’ (Gallimard). Ich habe mit Sylvia Plath angefangen („la terre des morts est lointaine“, 1996). Ich wechsle gerne ab : ein Roman, ein Portrait, ein Roman, und ich habe entdeckt, dass ich am liebsten Künstlerportraits schreibe, wie ich es von Alfred Kubin, Henry Moore („le voyageur attardé“) und Ernst Barlach („le temps qu’il fait“) gemacht habe.

4. Wie sind Sie Käthe Kollwitz begegnet?

Ich arbeitete an dem deutschen Künstler Ernst Barlach – den ich beim Schreiben über Henry Moore kennenlernte – und habe daher das Geburtshaus Barlachs in Wedel bei Hamburg besichtigt, das ein Museum geworden ist. In diesem stiess ich auf die Ausstellung : « Barlach und Kollwitz ». Das war eine Offenbarung. Sofort wollte ich ihr ein Buch widmen. Ich erfuhr, dass sie ein langes Tagebuch geschrieben hatte. Ich fand es erschütternd und faszinierend, und mir schien es notwendig, es einem breiten Publikum nahezubringen.
Ich lebte in Flandern, nicht weit von Diksmuide und von Vladslo – dem deutschen Friedhof, auf dem sich ihr symbolträchtigstes Werk befindet : die doppelte Statue des « trauernden Elternpaares ». An diesem Ort zu wohnen, der für sie so sehr von Bedeutung war, dem Ort, an dem ihr Sohn – und so viele andere – sein Leben verlor und begraben wurde, hat mir sehr bei meiner Arbeit geholfen.

5. Sie haben nicht das ganze Tagebuch von etwa 1000 Seiten übersetzt. Wie haben Sie die Auszüge ausgewählt, die Sie für diese französische Ausgabe übersetzt haben ?

Tausend kleingedruckte Seiten ! Viel mehr als tausend, im Grunde genommen !
Da Käthe Kollwitz bis zu diesem Tage in Frankreich unbekannt war (oder fast), wäre die Gesamtfassung zu komplex gewesen, denke ich. Wichtig erschien es mir, mich auf drei Achsen zu konzentrieren : das Werk/die Trauer/das militante Leben, alle drei untrennbar verbunden.Ich habe (wir haben) die Einträge gestrichen, die die Nachbarschaft Käthe Kollwitzes betrafen (Käthe Kollwitz achtete sehr auf ihren Freundes-und Bekanntenkreis) die Familie (außer der Mitglieder, die zu Hause lebten), zahlreiche Anspielungen auf Werke (musikalische, literarische, bildhafte), die in Frankreich wenig bekannt, ja nicht einmal übersetzt sind.Ihr Leben als Künstlerin, als Frau und ‘Militante’, (auch, wenn sie es immer abstritt, eine zu sein) ist so reichhaltig, dass es unmöglich ist, keine Auswahl zu treffen, wenn man von ihr sprechen will.

6. François-Marie Deyrolle, haben Sie vor, andere Werke über Käthe Kollwitz zu übersetzen und zu veröffentlichen ?

A priori, nein. Aber ich werde das Leben der Künstler jenseits des Rheins erforschen : zahlreiche Texte von George Grosz, Ludwig Meidner, Oskar Kokoschka, Emil Nolde usw. sind dem französischen Publikum noch immer unbekannt..

7. F-M Deyrolle, wie erklären Sie es, dass eine so bedeutende, deutsche Künstlerin des XX. Jhdts in Frankreich so wenig bekannt ist, um nicht zu sagen, unbekannt ?

Die deutsch-französischen Beziehungen waren bis vor nicht allzulanger Zeit angespannt : der Krieg von 1870, von 1914-18, dann der von 1939-45 – das ist viel in einer kurzen Zeitspanne…….Ein dummes Gefühl « anti-boches » bewirkte, dass französische Museen deutsche Kunst lange Zeit verschmähten. Unsere Sammlungen sind in der Tat sehr spärlich bestückt. Diesseits des Rheins kennt man nur einige Figuren. Daher bleiben sehr grosse Künstler verkannt : Nagel, Radziwill, Barlach, Meidner, Schlichter, usw. um nur diese Name zu zitieren. Von Félix Nussbaum spricht man erst seit der Ausstellung des « musée d’art et d’histoire juif » von Paris vor 4-5 Jahren, oder auch von Paula Moderssohn Becker, erst seit zwei Jahren, dank der Ausstellung im MAMVP. Hoffen wir, dass es bald Käthe Kollwitz ist, von der gesprochen wird ! 

8. F-M Deyrolle, für wann eine grosse Käthe-Kollwitz Ausstellung in Frankreich ? Wie kann man das erreichen ?

Die Anerkennung des Werkes von Käthe Kollwitz wird kommen – ihr Werk ist von solchem .Rang, dass es nicht anders sein kann. – es würde genügen, wenn sich ein schlauer Museumskustode das Projekt aneignet : der Erfolg wäre gesichert, das Werk kann einfach angegangen und von einem grossen Publikum geschätzt werden. Die Durchführung ist leicht : das Käthe Kollwitz Museum in Köln besitzt bedeutende Sammlungen und die Kustoden, die sie verwalten, würden nur zu gerne durch Leihgaben an solch einem Projekt teilnehmen.

9. F-MD. Welchen zeitgenössischen Künstlern würden Sie gerne die Werke von Käthe Kollwitz gegenüberstellen ?

Es fällt mir schwer, Ihnen zu antworten ! Auf dem Gebiet der Grafik gibt es wenige Künstler, die sich so sehr einer « sozialen », « engagierten » Kunst verpflichten.
Ich ziehe es vor, Künstlerinnen zu erwähnen, die ein « verlgeichbares » Werk entwickelt haben, in Bezug auf die « Energie » :
Frédérique Loutz (http://galeriepapillonparis.com/?oeuvre/Fineisen), Maike Freess (http://www.maikefreess.com/), Aurélie de Heinzelin (http://aureliedeheinzelin.ultra- book.com/).
Formal ist Ihr Werk weit entfernt, aber es würde mich nicht wundern, wenn die Arbeit von Käthe Kollwitz in Ihnen Resonanz findet.

Traduit du français par Sabine LEUPOLD

L’ENTRETIEN III

Rencontre avec Sylvie Doizelet, écrivain et traductrice, et François-Marie Deyrolle, éditeur de L’Atelier Contemporain, à l’occasion de la publication du Journal de Käthe Kollwitz en français,  « Journal, 1908-1943 ». (Présentation Sylvie Doizelet, Traduction Micheline Doizelet et Sylvie Doizelet).
Sortie le 9 mars 2018.

http://www.editionslateliercontemporain.net/collections/ecrits-d-artistes/article/journal-1908-1943

En 2017, on a célébré le 150e anniversaire de la naissance de Käthe Kollwitz.

En France, où Käthe Kollwitz est, injustement, quasi inconnue du grand public, on a failli rater le coche.
Heureusement, on lui rend enfin hommage de ce côté du Rhin, grâce à votre initiative François-Marie Deyrolle, de publier en français le  journal intime de cette grande artiste. Un journal écrit  de 1908 à 1943 sur fond d’une histoire allemande et européenne extrêmement tragique qui nous laisse un témoignage poignant sur la vie et l’œuvre de Käthe Kollwitz et au-delà sur le destin tragique du prolétariat allemand de la fin du XIXe siècle et du début du XXe.

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François-Marie Deyrolle (Crédit artiste Ann Loubert, œuvre sur papier – aquarelle et crayon – 2013)

1. François-Marie Deyrolle, pouvez-vous nous présenter votre maison d’édition, « L’Atelier Contemporain » et nous donner la genèse de ce projet de publication du journal de Käthe Kollwitz en français ?

Le nom de la maison d’édition est en hommage au livre de Francis Ponge, au titre éponyme, qui recueillait l’ensemble de ses essais sur l’art. La maison est donc placée sous le signe de la poésie et de l’écrit sur l’art ; partant, des rapports texte-image, et des interrogations sur le discours sur l’art. Trois collections principales structurent, pour le moment, mon champ d’intervention dans le domaine des « Beaux-arts » : une collection d’essais : parce qu’ils s’entendent à restituer dans le corps de la langue une expérience intime des œuvres, les écrivains, eux-mêmes créateurs, sont peut-être les plus à même de tenir un propos sur l’art. Suivant cette voie tangente à la critique académique, cette collection recueille le point de vue d’auteurs qui se sentent partie liée à d’autres formes de langage. Une collection d’écrits d’artistes : passé le moment des avant-gardes, la discussion sur l’art est abandonnée aux professionnels du discours, et l’on oublierait presque que les artistes sont les premiers à penser leur pratique, que la peinture et la sculpture pensent. Réflexions, propos, notes, journaux, correspondances ou entretiens : la collection « Écrits d’artistes » entend actualiser ce fonds d’une grande richesse, bien souvent ignoré, pour donner à entendre la voix des praticiens de l’art. Enfin une collection symbolisée par l’esperluette : « & » — compagnonnage, dialogue, influence réciproque, affinité ou sympathie : il n’est pas rare qu’un écrivain et un artiste empruntent des voies convergentes, qui s’interceptent pour mieux se poursuivre. En rapprochant deux œuvres et deux individus au travers d’entretiens, d’essais ou de correspondances, chaque titre de la collection « & » révèle les liens féconds qui attachent des modes d’expression artistique tantôt parents et tantôt dissemblables.
C’est Sylvie Doizelet qui m’a proposé cette traduction – immédiatement acceptée tant l’œuvre de cette artiste (que j’ai pu découvrir car étant strasbourgeois – on y reviendra) est fascinante, et tant ce Journal est intrinsèquement passionnant par le panorama de l’histoire sociale et politique de l’Allemagne entre les deux guerres qu’il véhicule, et tant ce témoignage est émouvant — c’était une belle personne que cette Käthe Kollwitz ! Généreuse, humble, dévouée, passionnée.

2. F-M D, Pouvez-vous nous dire quelques mots sur la collection Käthe Kollwitz du Musée d’Art Moderne et Contemporain de Strasbourg, seul musée français public à posséder des œuvres de cette artiste ?

Strasbourg et l’Alsace, on le sait, ont été allemandes de 1870 à 1918 (puis de 1940 à 1945). Territoire annexé, ce temps de l’Histoire fut tragique, mais aussi très enrichissant : Guillaume II a en effet voulu faire de Strasbourg une ville modèle, exemplaire de la grandeur de son Empire – des moyens énormes furent alors donnés pour développer des quartiers (la neustadt), créer l’Université, une école d’art, un musée, etc. Wilhelm von Bode, directeur général des collections d’art de l’État et créateur de musées à Berlin, est nommé à Strasbourg et développe considérablement les collections non seulement d’art ancien, mais aussi d’art contemporain : c’est ainsi que du vivant même des artistes sont achetés des dessins et des estampes à des artistes comme Max Klinger, Max Beckmann ou Käthe Kollwitz. À l’heure actuelle sont conservées une trentaine d’œuvres achetées pour nombre d’entre elles en 1907, puis plus récemment grâce à la générosité d’un collectionneur d’ici, Jean-Louis Mandel.

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Sylvie Doizelet (c C. Hélie – Editions Gallimard).

3. Sylvie Doizelet, vous êtes écrivain et traductrice, auteur de plusieurs romans

J’ai publié mon premier roman (Chercher sa demeure) en 1992 et très vite, par le biais de la collection L’un et l’autre (Gallimard), j’ai pris le goût d’écrire des portraits, en commençant par celui de Sylvia Plath (La terre des morts est lointaine, 1996). J’aime alterner, roman / portrait / roman, et j’ai découvert que j’aime avant tout écrire des portraits d’artistes, comme je l’ai fait pour Alfred Kubin, Henry Moore et Ernst Barlach (Le voyageur attardé, Le temps qu’il fait, 2012).

4. Comment avez-vous rencontré Käthe Kollwitz ?

Je travaillais sur l’artiste allemand Ernst Barlach – que j’avais découvert, lui, en écrivant sur Henry Moore… J’ai visité la maison natale de Barlach – devenue musée – à Wedel, près de Hambourg, et j’ai été accueillie par l’exposition temporaire : Barlach et Kollwitz. Ça a été une révélation. J’ai tout de suite eu envie de lui consacrer un livre. J’ai appris qu’elle avait écrit un long journal, je l’ai trouvé bouleversant et fascinant, et il m’a semblé nécessaire de le faire découvrir.
Je vivais en Flandres, non loin de Diksmuide et de Vladslo, – le cimetière allemand où se trouve son œuvre la plus emblématique, la double statue des Parents en deuil.  Vivre dans ce lieu qui a tant compté pour elle – celui où son fils – et tant d’autres – a perdu la vie et où il a été enseveli, m’a beaucoup aidée dans ce travail.

5. Vous n’avez pas traduit l’intégralité de ce journal d’environ 1000 pages. Comment avez-vous sélectionné les extraits que vous avez traduits pour cette édition française ?

Mille pages imprimées en tout petit ! Bien plus de mille en fait !
Käthe Kollwitz étant à ce jour inconnue en France (ou presque), la version intégrale aurait été je crois trop dense. Il me semblait important de me concentrer sur les trois axes : l’œuvre / le deuil / la  vie militante, très liés et même indissociables. J’ai supprimé (nous avons -) les entrées qui concernaient le voisinage (Käthe Kollwitz était très attentive à tout son entourage), la famille (en dehors des personnes vivant dans son foyer), de nombreuses allusions à des œuvres (musicales, littéraires, picturales) peu connues en France, voire non traduites. Sa vie d’artiste, de femme et de « militante » (même si elle se défendait toujours d’en être une) est d’une telle richesse qu’il est impossible de ne pas faire des choix lorsqu’on veut parler d’elle.

6. François-Marie Deyrolle, envisagez-vous de traduire et de publier d’autres ouvrages consacrés à Käthe Kollwitz ?

A priori, non. Mais je vais explorer le domaine artistique d’outre-Rhin : de nombreux textes de George Grosz, Ludwig Meidner, Oskar Kokoschka, Emil Nolde, etc., sont toujours inconnus du public francophone.

7. F-M D, comment expliquez-vous qu’une artiste allemande majeure du XXe siècle soit si peu connue, voire inconnue du grand public en France ?

Les rapports franco-allemands, jusqu’à une période récente, ont été tendus : guerres de 1870, de 1914-1918, puis de 1939-1945 – cela fait beaucoup en peu de temps… Un sentiment bêtement « anti-boches » a fait que les musées français ont dédaigné l’art allemand jusqu’il y a peu : nos collections sont de fait très pauvres. On ne connaît de ce côté-ci du Rhin que quelques figures. Il y a donc de très grands artistes qui restent méconnus – Nagel, Radziwill, Barlach, Meidner, Schlichter, etc, pour ne citer qu’eux par exemple. On ne parle de Félix Nussbaum en France que depuis l’exposition réalisée au musée d’art et d’histoire juif de Paris il y a 4-5 ans, ou de Paula Modersohn Becker que depuis l’exposition au MAMVP il y a deux ans – espérons que ce soit bientôt au tour de Kollwitz !

8. F-M D, à quand une grande exposition Käthe Kollwitz en France ? Que faudrait-il pour cela ?

La reconnaissance de l’œuvre de K. Kollwitz viendra – son œuvre est d’une qualité telle qu’il ne peut en être autrement – il suffit juste qu’un conservateur de musée un peu malin s’en empare : ce serait un succès garanti, l’œuvre est d’une approche simple et peut être apprécié d’un « grand public » ; et la mise en œuvre est facile : le musée Kollwitz de Cologne a des collections importantes et les conservateurs qui les gèrent collaboreraient, par des prêts, avec enthousiasme.

9. F-M D, à quel(s) (s) artiste(s) contemporain(s) aimeriez-vous confronter l’œuvre de Käthe Kollwitz ?

J’ai bien du mal à vous répondre – dans le domaine des arts graphiques, il y a peu d’artistes qui s’investissent autant dans un art « social », « engagé ». J’ai plutôt envie de signaler des artistes femmes qui développent une œuvre « comparable » en terme « d’énergie » : Frédérique Loutz (http://galeriepapillonparis.com/?oeuvre/Fineisen), Maike Freess (http://www.maikefreess.com/), Aurélie de Heinzelin (http://aureliedeheinzelin.ultra-book.com/). Formellement leur œuvre est éloignée, mais je ne serais pas étonné de savoir que le travail de Kollwitz résonne en elles.

ÉVÉNEMENT

En librairie le 9 mars 2018 

Journal, 1908-1943*

Käthe Kollwitz

Présentation Sylvie Doizelet, traduction Micheline Doizelet et Sylvie Doizelet

« L’Atelier Contemporain », François-Marie Deyrolle, Éditeur

 

 

Magnifique travail d’édition qui offre au public français le témoignage essentiel d’une artiste hors du commun.

Enfin, publié en français, dans un format attrayant (16x20cm), facile à consulter, un livre qu’on ne « lâche » pas, presque un livre de chevet, de larges extraits du journal intime de Käthe Kollwitz, tenu de 1908 à 1943, accompagnés de reproductions d’une grande qualité des œuvres de l’artiste et d’une présentation très pertinente de l’écrivain Sylvie Doizelet, traductrice de l’ouvrage.

Un journal écrit sur fond d’une histoire allemande et européenne chaque jour plus sombre où la femme et l’artiste n’ont jamais renoncé à penser, à réfléchir, à aller vers cette démarche de l’esprit qui fait notre humanité.

Comme nous le disait Madame Hannelore Fischer (directrice du Käthe Kollwitz Museum de Cologne) dans l’Entretien II qu’elle nous avait accordé :

« Comme peu ont su le faire, Käthe Kollwitz a réfléchi toute sa vie – intellectuellement dans son journal intime et artistiquement dans ses autoportraits – dans plus de 100 œuvres ».

https://kaethekollwitz.org/2017/06/15/lentretien-ii/ 

Käthe Kollwitz était au cœur de la dure réalité de la société allemande de son temps. Elle a choisi de témoigner, d’agir « en ces temps où les gens sont si désemparés et ont tant besoin d’aide ». (Journal, 4 décembre 1922).

Nous avons choisi de reproduire ici le texte de l’éditeur de la quatrième de couverture de l’ouvrage. Ce texte concis est cependant très riche d’informations essentielles pour donner envie de lire l’ouvrage et d’approfondir ensuite par d’autres lectures sur la vie et l’œuvre de Käthe Kollwitz.

« De 1908 à 1943, Käthe Kollwitz commente dans son Journal la vie de son entourage, le progrès de ses travaux et les vicissitudes, lointaines ou infiniment proches, d’une Europe qui s’enfonce rapidement dans le cataclysme. Autant de lignes croisées, chez cette artiste à qui la guerre enleva un fils et qui ne cessa jamais de croire aux vertus politiques de l’art.

Ce Journal est non seulement le portrait d’une artiste, un recueil de réflexions sur sa création, un témoignage formidable de ce que peut être en art l’engagement, mais aussi un tableau terrible et dramatique de l’histoire de l’Allemagne du début de la première à la fin de la seconde guerre mondiale.  

Käthe Kollwitz est née en 1867 à Königsberg (qui sera rebaptisée Kaliningrad en 1946).
Elle a 16 ans lorsqu’elle dessine pour la première fois des ouvriers – dessins inspirés tant par les poèmes entendus que par ses incursions dans les quartiers pauvres de Königsberg. Ses parents lui demandent pourquoi elle ne choisit pas de « beaux sujets » de dessin. « Mais ils sont beaux », répond-elle. Pour elle, les arts graphiques conviennent mieux que la peinture à l’expression des aspects les plus sombres de l’existence. Jusqu’à la fin de sa vie, elle renoncera à la peinture et à la couleur. »
 

* En librairie le 9 mars 2018 ou en commande chez l’éditeur dès à présent (L’Atelier Contemporain, 4, boulevard de Nancy, F-67000 Strasbourg

À suivre, un entretien avec l’éditeur François-Marie Deyrolle et l’écrivaine Sylvie Doizelet

Im Dialog mit Käthe Kollwitz

Der Bildhauer Wieland Förster
Sonderausstellung
vom 12. November 2017 bis 18. Februar 2018

Der Dresdner Wieland Förster, geboren 1930, gehört zu den wichtigsten deutschen Bildhauern der Nachkriegszeit. Seine Plastiken spiegeln seine Biografie wider und sind oft Zeichen des Leidens und des Sterbens. Vor der körperlichen wie seelischen Bedrohung stellt er seine gesichtslosen, symbolhaften Schicksalsfiguren allerdings nicht gebrochen dar.
Im Dialog mit Käthe Kollwitz bildet Wieland Försters Formsprache auf den ersten Blick einen starken Kontrast zu den Arbeiten der Kollwitz. Doch die expressive Kraft in den Werken beider Künstler verbindet sie ebenso wie die thematischen Motive des Leidens und des Schmerzes: eine künstlerische Auseinandersetzung mit dem Sterben, dem Tod und nicht zuletzt dem Leben.
In Kooperation mit der Wieland-Förster-Stiftung bei den Staatlichen Museen Dresden sowie dem Kleist-Museum, Frankfurt (Oder).
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Dialogue avec Käthe Kollwitz

Wieland Förster, Sculpteur
Exposition temporaire
Du 12 Novembre 2017 au 18 février 2018

Le sculpteur Wieland  Förster, né à Dresde (Saxe) en 1930, est l’un des plus importants sculpteurs allemands de l’après-guerre.
Ses sculptures sont le reflet de sa vie, et le plus souvent le reflet de l’expérience de la souffrance et de la mort.
Face aux menaces psychologiques et physiques, ses personnages sans visage, figures symboliques du destin, refusent pourtant d’être brisés.
Confronté à Käthe Kollwitz, le langage formel propre à Wieland Förster semble, tout d’abord, en contraste avec l’œuvre de l’artiste berlinoise.
Cependant, les œuvres de ces deux artistes ont la même force expressive dans l’exploration du thème de la souffrance et la même approche esthétique dans la représentation de la vie et de la mort.
En partenariat avec les musées nationaux de Dresde (Wieland-Förster-Stiftung) et le Kleist-Museum, Frankfurt (Oder).

MM.

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KOLLWITZ 2017 — 150e ANNIVERSAIRE 

29 septembre – 10 décembre 2017

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Katharina Sieverding, Maton Solarisation XI/XII, 1969, C-Print, Acrylic, Steel
© Katharina Sieverding / VG Bild-Kunst, Bonn 2017
Foto: © Klaus Mettig / VG Bild-Kunst, Bonn 2017

REPENSER KOLLWITZ 

Prix Käthe Kollwitz de Akademie der Künste, Berlin  

Une exposition en l’honneur des 25 ans de la collaboration pour la promotion du prix Käthe-Kollwitz entre l’Académie des Arts de Berlin et la Kreissparkasse Köln en tant que sponsor du musée Käthe Kollwitz de Cologne.

L’exposition finale du 150e anniversaire de Käthe Kollwitz pose la question de son influence sur l’art contemporain. Sous le titre REPENSER KOLLWITZ, le musée Käthe Kollwitz de Cologne présente, en collaboration avec l’Académie des Arts de Berlin, 21 positions très diverses d’artistes ayant obtenu le prix Käthe Kollwitz.

Le prix Käthe Kollwitz est attribué depuis 1960 et représente une des plus anciennes récompenses décernées par l’Académie des Arts de Berlin. Il commémore l’appartenance et l’activité de celle qui lui donne son nom au sein d’une institution berlinoise riche en traditions. Le prix est attribué chaque année à des artistes dont le travail ouvre de manière créative sur de nouveaux territoires.

« Je veux agir en ces temps où les hommes sont si désemparés …. »
Käthe Kollwitz, Journal, 1922

L’exposition REPENSER KOLLWITZ, en présentant plus de 70 pièces, montre comment cette citation de Kollwitz peut aussi motiver la création artistique au XXIe siècle à rassembler dans un même discours des contributions discursives, formellement esthétiques et narratives. Une sélection de lauréats renommés, y compris les participants à la Documenta de cette année Miriam Cahn, Douglas Gordon et Mona Hatoum ou encore les artistes de Cologne Martin Kippenberger, Astrid Klein et Horst Münch se sont appropriés des éléments de l’œuvre de Kollwitz par la peinture, la sculpture, le dessin, l’installation, la photographie, le film et la vidéo.

Ainsi, Katharina Sieverding, lauréate du prix en 2017, aborde la question fondamentale des conditions artistiques et sociales : son approche créative de la politique – ne pas citer ni utiliser, mais plutôt « créer politiquement » – dessine clairement les contours du travail de l’artiste multimédia.

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Eran Schaerf, Letters From the Editor #18 (Facebook zensiert das Foto des Napalm-Angriffs auf Trang Bang, 13. September 2016), 2017, Digitale Fotocollage
© Eran Schaerf / VG Bild-Kunst, Bonn 2017

Käthe Kollwitz et l’Académie des Beaux-Arts

Käthe Kollwitz fut membre de l’Académie prussienne des Arts de 1919 jusqu’à sa démission forcée par les Nazis en 1933. Elle reçut, en même temps que sa nomination, le titre de professeur. À partir de 1928, elle dirigea une classe de gravure et rejoignit le conseil d’administration de l’Académie en tant que chef de l’atelier principal.

En outre, Kollwitz était depuis longtemps membre de la commission chargée d’établir le programme et de désigner l’artiste présenté dans l’exposition semestrielle de l’Académie ou elle montra elle-même de nombreuses œuvres. Une présentation au sein de la collection Kollwitz à Cologne retrace ses participations à ces expositions.

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Käthe Kollwitz 1927, Jury session, Preußische Akademie der Künste
Nachlass Kollwitz © Käthe Kollwitz Museum Köln Entrer une légende

Les lauréats exposés
1967 – Otto Nagel // 1968 – Willi Sitte // 1971 – Curt Querner  // 1974 – Wieland Förster // 1976 – Harald Metzkes // 1980 – Werner Tübke // 1992 – Lothar Böhme // 1993 – Martin Assig // 1996 – Martin Kippenberger // 1997 – Astrid Klein // 1998 – Miriam Cahn // 2000 – Svetlana Kopystiansky // 2003 – Horst Münch // 2005 – Lutz Dammbeck // 2006 – Thomas Eller // 2008 – Gustav Kluge // 2009 – Ulrike Grossarth // 2010 – Mona Hatoum // 2012 – Douglas Gordon // 2013 – Eran Schaerf // 2017 –Katharina Sieverding

KOLLWITZ 2017 – 150. GEBURTSTAG

29. September – 10. Dezember 2017

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Katharina Sieverding, Maton Solarisation XI/XII, 1969, C-Print, Acrylic, Steel
© Katharina Sieverding / VG Bild-Kunst, Bonn 2017
Foto: © Klaus Mettig / VG Bild-Kunst, Bonn 2017

KOLLWITZ NEU DENKEN 

Käthe-Kollwitz-Preisträger 
der Akademie der Künste, Berlin

Die finale Ausstellung im Jubiläumsjahr zum 150. Geburtstag von Käthe Kollwitz fragt nach ihrem Einfluss auf die Kunst der Gegenwart:

Unter dem Titel KOLLWITZ NEU DENKEN präsentiert das Käthe Kollwitz Museum Köln in Zusammenarbeit mit der Akademie der Künste, Berlin, facettenreiche Positionen von 21 Künstlerinnen und Künstlern, die mit dem Käthe-Kollwitz-Preis ausgezeichnet wurden.

Die Ausstellung macht anhand von mehr als 70 Exponaten sichtbar, wie das Bekenntnis der Kollwitz »Ich will wirken in dieser Zeit« noch heute ein Impuls ist – auch für das Kunstschaffen im 21. Jahrhundert, in diskursiven, formalästhetischen und narrativen Beiträgen.

Eine Auswahl namhafter Preisträger, darunter die diesjährigen documenta-Teilnehmer Miriam Cahn, Douglas Gordon und Mona Hatoum oder die Kölner Künstler Martin Kippenberger, Astrid Klein und Horst Münch, rezipiert Aussagen des Kollwitz-Œuvres in den Medien Malerei, Skulptur, Zeichnung, Installation, Fotografie, Film und Video.

So stellt etwa die Preisträgerin 2017, Katharina Sieverding, in ihrem Œuvre grundsätzliche Fragen zu künstlerischen und gesellschaftlichen Bedingungen: Ihr kreativer Umgang mit dem Politischen – nicht zitieren, nicht benutzen, sondern »politisch schaffen« – zeichnet das Werk der Medienkünstlerin besonders aus.


Ausgestellte Käthe-Kollwitz-Preisträger: 

1967 – Otto Nagel // 1968 – Willi Sitte // 1971 – Curt Querner  // 1974 – Wieland Förster // 1976 – Harald Metzkes // 1980 – Werner Tübke // 1992 – Lothar Böhme // 1993 – Martin Assig // 1996 – Martin Kippenberger // 1997 – Astrid Klein // 1998 – Miriam Cahn // 2000 – Svetlana Kopystiansky // 2003 – Horst Münch // 2005 – Lutz Dammbeck // 2006 – Thomas Eller // 2008 – Gustav Kluge // 2009 – Ulrike Grossarth // 2010 – Mona Hatoum // 2012 – Douglas Gordon // 2013 – Eran Schaerf // 2017 – Katharina Sieverding


Der Käthe-Kollwitz-Preis wird seit 1960 vergeben und ist eine der ältesten Auszeichnungen der Akademie der Künste, Berlin. Geehrt werden jährlich bildende Künstlerinnen und Künstler, deren Werk in kreativer Weise Neuland erschließt.

Von der Akademie der Künste (Ost) initiiert, gehört er zu den Preisen, die nach der Wiedervereinigung von der 1993 zusammengeführten Akademie übernommen wurden. Er erinnert an Mitgliedschaft und Wirken seiner Namensgeberin in der traditionsreichen Berliner Institution.

Käthe Kollwitz und die Akademie 

Käthe Kollwitz war von 1919 bis zu ihrem von den Nationalsozialisten erzwungenen Austritt 1933 Mitglied der Preußischen Akademie der Künste. Mit ihrer Berufung wurde ihr der Professorentitel verliehen. Ab 1928 übernahm sie die Leitung einer Graphikklasse und gehörte als Vorsteherin eines Meisterateliers auch dem Senat der Akademie an.

Zusätzlich war Kollwitz langjähriges Mitglied der Kommission, die Programm und Künstler der halbjährlich stattfindenden Akademieausstellungen festlegte. Auch sie selbst war hier mit zahlreichen Werken vertreten. Eine Präsentation innerhalb der Kölner Kollwitz Sammlung zeigt ihre Ausstellungsbeteiligungen.

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Käthe Kollwitz, Jury-Sitzung in der Preußischen Akademie der Künste 1927,
Nachlass Kollwitz © Käthe Kollwitz Museum Köln

 

Käthe Kollwitz et ses amis

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C’est au travers de ses amitiés que nous est révélée la véritable Käthe Kollwitz.

Notre image d’elle et de son art s’affine lorsque nous interrogeons ses relations d’amitié avec ses collègues artistes, ses amis et ses connaissances.

Quelle était la force de son amitié avec son amie étudiante munichoise Marianne Fiedler ? Quelle proximité avait-elle avec le président de l’Académie des Beaux-Arts, Max Liebermann ou avec le Prince des Poètes, Gerhard Hauptmann ?

Qu’est-ce qui reliait les amis Otto Nagel, Heinrich Zille et Käthe Kollwitz ?

Que confia-t-elle au critique d’Art Julius Elias ? Comment rencontra-t-elle le célèbre Albert Einstein ? Que représentait pour elle le jeune peintre Reinhard Schmidhagen ?

Qu’est-ce qui l’intéressait dans la réforme pédagogique de Fritz Klatt ?

Quelles œuvres de Käthe Kollwitz Julius Freund possédait-il ?

En 1938, qu’essaya-t-elle de faire pour aider Hermann F. Reemtsma ?

Cette exposition exceptionnelle présente des œuvres d’Art, des lettres, des documents et des photographies prêtés par plus de 30 sources différentes en Allemagne, en Suisse et au Canada.

Chaque 3e mardi du mois à 17 h, le Käthe Kollwitz Museum de Berlin propose une visite guidée par le commissaire de l’exposition.

Des visites guidées thématiques seront organisées dont le calendrier sera publié séparément.

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Käthe Kollwitz und ihre Freunde

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Vom 26. Juni bis 15. Oktober 2017

Durch ihre Freundschaften offenbart sich das Wesen der Künstlerin Käthe Kollwitz. Unser Bild von ihr und ihrer Kunst wird präzisiert, wenn wir ihren Umgang mit Kollegen, Freunden und Bekannten befragen. Wie intensiv war die Freundschaft zur Münchener Studienfreundin Marianne Fiedler? Wieviel Nähe suchte sie zum Akademiepräsidenten Max Liebermann, zum Dichterfürsten Gerhart Hauptmann? Was beschäftigte die Freunde Otto Nagel, Heinrich Zille und Käthe Kollwitz? Was vertraute sie dem Kunstkritiker Julius Elias an? Wie begegnete sie dem berühmten Albert Einstein? Was bedeutete sie dem jungen Maler Reinhard Schmidhagen? Was fesselte sie an der Reformpädagogik von Fritz Klatt? Welche ihrer Werke besaß Julius Freund? Wie versuchte ihr Hermann F. Reemtsma nach 1938 zu helfen?

Mit Kunstwerken, Briefen, Dokumenten und Fotografien von über 30 Leihgebern aus Deutschland, der Schweiz und Kanada sowie mit einer Medienstation.

Begleitprogramm zur Ausstellung

Kuratorenführung – Jeden dritten Donnerstag im Monat, 17 Uhr

Themenführungen zu Albert Einstein, Fritz Klatt, Heinrich Zille, Max Liebermann u.a. – Termine werden gesondert veröffentlicht

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